Réflexions sur l'attitude et les réactions du public face aux risques

mardi, février 28, 2006

Outreau, c'est trop

C'est pas moi, dit le Juge d'Instruction,
Je n'ai fait qu'appliquer la loi, en conformité avec les textes.
Les faits commis sur les enfants étaient très graves, il fallait utiliser tous les moyens pour faire avouer les coupables potentiels.
D'ailleurs, j'ai été couvert par les autres formations d'instruction.
Ce n'était pas à moi de juger.

C'est pas moi, dit le Juge des Libertés et de la Détention,
Le Juge d'Instruction faisait bien son boulot, rien n'apparaissait anormal dans le dossier.
Les agissements étaient très graves. La culpabilité des prévenus vraisemblable.
Il fallait prévenir tout trouble à l'ordre public.
Le doute jouait contre les prvenus, car j'ai trop souvent l'habitude d'entendre les coupables clamer leur innocence.

C'est pas moi, dit la Chambre de l'Instruction,
Le dossier d'instruction paraissait bien fait.
Il aurait été inconcevable de libérer des coupables potentiels de faits aussi graves, l'opinion publique ne l'aurait pas compris.
On ne pouvait aller plus au fond des choses, faute de temps et de moyens.

C'est pas moi, dit le Procureur de la République,
Je fais mon boulot.
Je dois protéger les victimes, notamment les enfants, et réprimer à tout prix des agissements aussi graves.
Je m'inscris dans la politique sécuriaire, constamment renforcée par le Législateur, et voulue par le Public.
C'e n'est pas à moi de juger.

C'est pas moi, dit le Procureur Général,
Mes Parquetiers sont des gens compétents, dont la mission essentielle est la protection des enfants victimes d'aussi sordides agissements.

C'est pas moi, dit la première Cour d'Assises,
Les jurés sont souverains.
D'ailleurs, ils ont acquittés plusieurs des accusés.

C'est pas moi, dit la deuxième Cour d'Assises,
D'ailleurs, j'ai acquitté tous les accusés innocents

C'est pas moi, dit l'Avocat,
J'ai fait tout ce que je pouvais pour tenter de faire démontrer l'innocence de mon client.
J'ai saisi le JLD et la Chambre de l'Instruction à plusieurs reprises.
Mais, au fond de moi, étais je aussi sûr de cette innocence ?

C'est pas moi, dit la Presse,
J'ai le devoir d'informer, quel qu'en soit le prix pour les innocents.
J'ai le droit de juger, de condamner, de m'offusquer et de donner des leçons, au nom de la Liberté de la Presse.
Je dois répondre à l'attente du public, qui est friand de sensationnel, et qui exige que les coupables potentiels soient montrés du doigt, peu importe qu'ils soient innocents

C'est pas moi, dit le Public,
J'ai le droit de savoir, même des non vérités.
J'exige que les coupables, même potentiels, soient chatiés.
Je ne tolère pas que de des crimes demeurent impunis.
Il en va de ma tranquillité.

C'est pas moi, dit le Législateur,
Dormez, braves gens !

1 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Pas mal.

7:25 PM

 

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